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Marche arrière : Il était une fois Nicolas Hayek et sa vision de la mobilité urbaine
Autotitre le dim 12 sept à 15:22

Visionnaire.
Par Arnaud A. pour Autotitre.com

Nicolas Hayek, entrepreneur suisse d'origine libanaise, avait un rêve. Plus qu'un rêve, une vision, celle d'une ville libérée de son brouhaha, de ses contraintes, une ville dans laquelle il fait bon circuler, sans perdre de temps, et d'espace.

Il est difficile de modifier profondément une ville, alors pourquoi ne pas s'attaquer au mode de déplacement? Dés 1982, il s'attelle à définir le mode de déplacement du futur.

Le patron de Swatch va assez loin, pour l'époque, dans son cahier des charges.

2 places, 3 litres aux 100 kilomètres, 45000 francs suisses maximum. Il va encore plus loin en pensant location de longue durée, autopartage, personnalisation à la carte, et surtout, de motorisation électrique!

La démarche n'est alors pas celle d'un grand patron qui s'ennuie, mais bien d'un capitaine d'industrie en train de développer un vrai projet, avec des pourparlers entamés avec plusieurs acteurs de la mobilité, qu'ils soient constructeurs automobiles, ou gestionnaires de parkings, puisqu'il avait déjà obtenu un accord de principe pour une réduction sur le tarif de stationnement, ses SwatchCar n'utilisant qu'une moitié de place de parking.

Le projet ne sera jamais vraiment en sommeil, Hayek peaufinant chaque point de son projet.

Il pensera un temps faire produire sa voiture par la Hayek Engineering AG, mais il deviendra assez vite évident qu'il ne peut se passer d'un constructeur automobile.

Renault et PSA, spécialistes des petites voitures seront les premiers à qui le projet sera proposé, les deux refuseront.

En 1991, il arrive à entrer chez Volkswagen, qu'il estime légitime pour produire son auto, celui-ci étant le premier importateur en Suisse. Une joint venture est créé, la société SMH-Volkswagen, SMH dont Hayek est le président.

Volkswagen n'avancera pas assez vite sur le sujet, les années 90 étant une décennie de défi pour le constructeur, qui se structure alors pour devenir le géant que nous connaissons aujourd'hui.

Le projet Swatchmobile est jugé trop couteux, tant les défis à relever sont nombreux en matière de production, et avec une rentabilité proche de zéro. Les deux parties se fâchent, et se séparent.

General Motors refusera également.

Parallèlement au cheminement de Hayek sur le sujet, un certain Johann Tomforde, ingénieur chez Mercedes, tente de convaincre son patron qu'il faut produire une petite voiture. Dès 1972, il arrive même à faire produire un prototype de micro Mercedes, qui n'aboutira pas. Il retente 10 ans plus tard, le directoire balayera l'idée d'un revers de la main, arguant que la rentabilité est impossible, et de même que proposer une vraie sécurité dans un gabarit si petit.



Daimler acceptera le projet, déjà bien avancé, estimant qu'il est enfin crédible pour donner une descendante à l'idée de Tomforde.

La société Micro Compact Car (MCC) est créée, détenue à 51% par Daimler, et à 49% par Hayek.

Eco Sprinter et Eco Speedster voient le jour, deux prototypes, jusqu'à la MCC City-Coupé de 1995, qui précise les lignes de la Smart que nous connaissons aujourd'hui.



Hayek sent que son bébé lui échappe, et relance le développement de sa micro voiture en interne, contre l'avis de son partenaire. La résultat sera une version électrique, dont la présentation à Mercedes tournera court, le modèle tombant en panne devant les pontes de la marque à l'étoile. L'électrique est balayé.

Le mot Smart voit le jour courant 1995, contraction de Swatch, Mercedes et ART.



En pleine construction européenne, la France fait un pont d'or à la société pour qu'elle installe son usine en Moselle, une usine inaugurée par Helmut Kohl et Jacques Chirac en 1997.



1997, c'était l'année de lancement de la Smart. C'était sans compter l'échec au test de l'élan de la toute nouvelle Mercedes classe A, un échec devant les journalistes du monde entier.

La Classe A sera profondément revue, mais l'affaire touchera aussi la Smart, visiblement développée de la même manière, et qui devra repasser sur le billard pour subir de profondes modifications.

Des modifications couteuses, du retard, et également du temps mis à profit par le Marketing pour développer le coté chic -et cher- , et élitiste de la puce de ville.

Une image loin de la vision de Hayek, qui voyait son bébé populaire et peu couteux, et surtout plus écologique que ces autos thermiques.

La construction de l'usine ultra moderne mettra un coup d'arrêt au couple Mercedes/Hayek, ce dernier ne pouvant plus assumer la partie financière du projet. Hayek revendra ses parts à Mercedes, désormais seul maître à bord.

Les débuts sont laborieux, tant et si bien que Jurgen Schremp, le patron de Mercedes à l'époque, déclara à la presse que si les 80000 ventes n'étaient pas atteintes en 1999, l'aventure s'arrêterait nette.

Il faut dire que l'auto ne partait pas gagnante.

Le test de l'élan raté, les retards, le divorce avec Hayek, et surtout, les premiers essais, jugeant l'auto mal construite, bruyante, peu confortable, avec en point d'orgue cette boîte séquentielle à la lenteur peu commune, ne plaidaient pas en sa faveur.

Pire, c'est surtout la Limited 1 qui est disponible, vendue 70000 francs, alors que la Smart devait être abordable, et qu'une version de base à 57400 francs était au catalogue, mais étrangement introuvable. 70000 francs, soit le prix d'une Clio à l'époque.



En 1999, 80600 modèles étaient commercialisés.

Mercedes ne laissera pas le projet mourrir tout de suite, et améliorera assez vite la boîte, proposera une version essence dégonflée à 45cv, un toit panoramique, et surtout, un diesel, arguant que c'était LA solution écologique, avec ses 3 litres annoncés, et ses faibles émissions de CO2.

L'erreur.

Ce trois cylindres à injection directe de 800cc transformait la Smart en véritable voiture sans permis, annihilant toute impression de performance, et en ajoutant vibrations et bruit dans un habitacle qui pouvait très largement s'en passer.

Cabriolet en 2000, restylage en 2001, de nombreuses séries spéciales, une version Brabus, un changement de nom (Fortwo) en 2004, de quoi traîner cette première Smart jusqu'en 2006, tout en faisant exploser les ventes.

20000 en 98, 80000 en 99, jusqu'à 150000 exemplaires par an dans les années 2000. 2004 sera l'année de trop, les ventes commençant à s'effondrer. Et elles ne cesseront de baisser jusqu'en 2014.

Pourtant, c'est avec cette deuxième génération que la Smart deviendra enfin vivable au quotidien, améliorant drastiquement le confort, la finition, bref, la capacité de l'auto à en être vraiment une, enfin.

VAG, GM, PSA, Renault, tous voyaient le gouffre financier. Smart atteindra difficilement l'équilibre financier vers 2008, après 4 milliards (!) d'euros de pertes.

Un équilibre tellement difficile à maintenir, que Mercedes vendra 50% de la société à Geely, un constructeur chinois.

Ironie de l'histoire, la marque est devenue 100% électrique comme le souhaitait Hayek, et elle quittera le site de Hambach, en Moselle, que Hayek n'avait jamais voulu, pour la Chine.



Une transformation de la marque qu'il ne vivra pas, puisqu'il décédera d'une crise cardiaque en 2010, alors qu'il travaille sur Belenos Clean Power, la société qu'il a créé en 2007 pour aider les sociétés à s'orienter vers plus de développement durable, et vers l'environnement dans sa globalité.

Qu'on aime ou pas la Smart, on peut remercier cet homme, ce richissime capitaine d'industrie qui aurait pu se contenter de sa richesse et de l'horlogerie, de s'être battu pendant 30 ans pour que son rêve devienne réalité. L'automobile, qu'elle soit rouge et rapide, grande et puissante, ou petite et propre, est avant tout une histoire d'hommes, ou d'Hommes avec un grand H.

Des grands hommes comme Hayek, ou encore Tomforde, qu'ils soient dans l'ombre ou pas, qui marquent durablement l'Histoire de leur empreinte.


Il faut savoir garder sa fantaisie, l'esprit de ses 6 ans. Continuer de croire au Père Noël. Oser avancer ses idées, même saugrenues. N. Hayek.

Retrouvez ici tous les "Marche arrière"
turbo1980 le dim 12 sept à 15:32
Merci, super intéressant :good: :good:
Raminagrobis le dim 12 sept à 15:53
J'aime beaucoup Hayek, et comme d'autres avant lui, dans differents domaines, son plus grand tort a ete d'avoir raison trop tot. Le type avait 30 ans d'avance, c'est arrive a d'autres, et ca arrivera encore.
Recemment par exemple, Renault sur l'electrique par exemple.

J'imagine a quel point ca doit etre terrible de te demener, d'essayer de convaincre, d'expliquer, etc, et finalement de te dire que ce sont tous des cons qu'ils ne comprennent rien, d'echouer, et de te retourner des annees plus tard, et de realiser que seul, contre tous, tu avais raison.
caraddict le dim 12 sept à 16:11
Bel article et bel hommage, ça donnerait presque envie d'acheter une Smart alors que j'ai jamais aimé ça, hormis le Roadster et à la rigueur la première Forfour (qui n'avait rien d'une Smart).

Après je vois pas en quoi il a eu raison trop tôt, la marque est toujours pas rentable et la citadine électrique pas chère semble réellement prendre qu'en Chine.

En Europe l'électrique a plutôt l'air parti pour finir d'achever le segment A, surtout que de plus en plus villes ne veulent plus de voitures, même si elles sont électriques...
Carpe.diem le dim 12 sept à 16:14
C’est toujours facile quand c’est trop tard, mais que serait le présent si benz et hayek et les autres avaient inondés les villes de petites voitures de <1000cc et 2m50 que de suv de 5 mètres?
Ben_92 le dim 12 sept à 16:16
Ce serait le Japon ?
Carpe.diem le dim 12 sept à 16:16
😁 yaurait il eu deux fois plus de voitures qu’aujourdhui? 😁
ctncrsp le dim 12 sept à 16:32
Ben :D
weber-dc40 le dim 12 sept à 16:34
C'est le dieselgate qui a donné la politique EU actuelle vs l'automobile à mon avis. Le point de départ je pense comme Carpe, c'est les constructeurs de bagnoles et non les méchants politiques.

Il a pas eu raison trop tôt à mon avis, puisque rien ne traduit sa vérité dans notre quotidien, même si ce serait bien.

Ma femme a une Smart elec, j'adore lui emprunter elle est fantastique. Elle enlève un peu de la peur d'arriver à destination sans pouvoir stationner, et on passe à côté des gens sans se faire detester, dans un très bon confort et des bonnes perfs, on ne doit pas payer de loyer supplémentaire pour la garer etc.

Mais je dois payer le même stationnement que les autres, au boulot le connard qui gère le pk a pas compris qu'il était pas obligé de me faire occuper une place ou qu'on pouvait partager donc c'est mort, les vieilles smart vont se faire retirer le droit de rouler en ville etc. C'est ça notre environnement.
Dernière édition le 12/09/2021 à 16:36 par weber-dc40, édité 2 fois
Carpe.diem le dim 12 sept à 16:35
Vw à clairement fait gagner 10 ou 15 ans à l’Europe.
Ben_92 le dim 12 sept à 16:37
En même l’époque du tout diesel même sur les citadines c’était quand même pas jojo

Heureusement qu’il y avait des v6 3.2 sur les compactes, l’âge d’or :love:
Rod350Z le dim 12 sept à 18:36
Il rappelle pas mal de souvenirs, cet article. :good:

En 96, alors qu'on sirotait, entre potes, sur une terrasse de Rouen, une étudiante nous a déplié son dépliant MCC en nous demandant quel nom on pensait donner à la Micro voiture: on avait répondu des trucs comme Minicar :D ... Bref, ils avaient effectué un grand sondage pour tenter de lui trouver son petit nom.
Auteur : avec
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