Matra en compétition - Auto titre
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Matra en compétition
benjouy le ven 19 déc 2014 à 18:38
Nouveau sujet pour parler d'une marque française qui a gagné en grand prix et qui pour la première fois a rapporté un titre à la France en F1 en 1969.

J'ai commencé une série d'articles sur les Matra d'endurance et si vous avez des infos, des anecdotes, des photos de ces bolides, c'est ici que ça se passe.

La première en endurance, la Matra MS 620 qui débute avec un moteur BRM dérivé d'un bloc de F1. C'est la première incursion de la marque au Mans en 1966. Ce n'est pas un grand succès mais ce n'est qu'un début.
Histoire complète : http://newsdanciennes.com/2014/12/04/modeles-a-la-une-matra-ms-620/ (Modèles à la Une : Matra MS 620 | News d'Anciennes)


Second modèle, son évolution la MS 630. Elle va courir au Mans en 1967 avec le moteur BRM, puis le troquer pour un V8 Ford.
Mais elle sera au point en étant la première d'endurance Matra avec le V12 3 litres au Mans en 1968.
En plus, bien qu'elle devait partir au musée, elle courra encore en 1969 !
Histoire : http://newsdanciennes.com/2014/12/14/modeles-a-la-une-matra-ms-630/ (Modèles à la Une : Matra MS 630 | News d'Anciennes)


Troisième modèle : la Matra MS 640.
Alors elle, elle n'a jamais couru, ni même pris part à des essais officiels !
Pescarolo va avoir un très grave accident avec lors des premiers essais de l'engin qui sera du coup oublié par Matra.
Histoire : http://newsdanciennes.com/2014/12/19/modeles-a-la-une-matra-ms-640/ (Modèles à la Une : Matra MS 640 | News d'Anciennes)


Les autres viendront par la suite.
Ocean_Orgy le ven 19 déc 2014 à 18:39
https://www.youtube.com/watch?v=v9yhbiPC65U (Jacques Laffite - El legendario LIGIER MATRA (V12) - 1978 - YouTube)
YouTube -
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benjouy le dim 21 déc 2014 à 22:40
Génial ce V12. Je l'avais vu en action aux Classic Days, sublime.
lbad le dim 21 déc 2014 à 23:50
http://www.autotitre.com/forum/Anciennes/Matra-vous-avez-connu-58740p4.htm#r21 (Matra : vous avez connu? - Page 4 - Auto titre)
benjouy le lun 22 déc 2014 à 09:06
Merci Ibad. j'avais vu ce message, simplement j'ai voulu en faire un spécial concernant la compétition.
benjouy le mer 7 janv 2015 à 12:08
Nouvel article. Là on parle d'une voiture d'endurance qui a connu ses plus belles victoires... sur un rallye. Attention on parle ici du Tour de France automobile que Matra a remporté avec la MS 650 en 1970 et 1971, et qui comprends aussi des épreuves sur circuit.
Petite pensée au passage pour Jean Pierre Beltoise qui est décédé et qui a connu la victoire dans cette course.

Histoire : http://newsdanciennes.com/2015/01/06/modeles-a-la-une-matra-ms-650/ (Modèles à la Une : Matra MS 650 | News d'Anciennes)
benjouy le mar 24 fév 2015 à 17:21
Retour et fin des posts sur les Matra du Mans.

On continue avec la 660, qui objectivement, n'a rien fait de notable :
http://newsdanciennes.com/2015/01/19/modeles-a-la-une-matra-ms-660/ (Modèles à la Une : Matra MS 660 | News d'Anciennes)
benjouy le mar 24 fév 2015 à 17:22
La suivante, LA MS 670. C'est là que ça devient intéressant, trois victoires de suite au Mans, 2 championnat du monde d'endurance, bref, une voiture avec un sacré palmarès :
http://newsdanciennes.com/2015/02/18/modeles-a-la-une-matra-ms-670/ (Modèles à la Une : Matra MS 670 | News d'Anciennes)

benjouy le mar 24 fév 2015 à 17:24
Et pour finir la MS 680, pas grand chose à dire, elle devait reprendre le flambeau mais n'a rien eu de flamboyant et elle est arrivée à la fin de l'aventure. C'est la dernière Matra engagée au Mans...
http://newsdanciennes.com/2015/02/24/modeles-a-la-une-matra-ms-680/ (Modèles à la Une : Matra MS 680 | News d'Anciennes)



Par contre si vous avez des photos de cette dernière, je prends, sur ce coup là je suis à poil !
lesbellesauto le jeu 4 fév à 07:12


https://www.youtube.com/watch?v=DPD6KC48AYo&feature=emb_logo
YouTube -
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;) ;)
lesbellesauto le lun 8 fév à 10:34
........ ....

Matra MS 670 - 1972 -

Estimation 4 000 000 - 7 500 000 €

Victorieuse des 24 Heures du Mans 1972, Pescarolo/Hill

Châssis n° 670-01
Moteur type MS 76 n°20
Boîte Porsche Type 1983 n°005


https://www.artcurial.com/fr/lot-1972-matra-ms-670-4058-5



Matra est comme une étoile filante dans le ciel du sport automobile mondial. En 10 ans, ce constructeur surdoué a raflé les titres mondiaux les plus convoités, aussi bien en Grand Prix qu'en endurance. La voiture que nous présentons est une des représentantes les plus brillantes de cette épopée.

Le Mans, 10 juin 1972, 16 heures. Le temps est incertain mais, comme pour saluer le départ de la course la plus célèbre du monde, le soleil inonde la piste. Massé dans les tribunes, le public est fébrile car, pour la première fois depuis 1950 et la victoire de Louis Rosier, une marque française a toutes les chances de remporter l'épreuve. Même Georges Pompidou, président de la République, le sait : passionné d'automobile, il s'est déplacé pour assister au départ et a effectué un tour complet du circuit à bord de la Citroën SM présidentielle Chapron.
Consciente des espoirs qui reposent sur ses épaules, l'équipe Matra a fourbi ses armes. Appuyée sur une logistique de plus de 120 personnes (restauration, chronométrage, mécaniciens...), elle a engagé quatre voitures, confiées à des équipages comportant chacun un pilote français : une 660 capot long et moteur 1971 (Jean-Pierre Jabouille-David Hobbs), une 670 capot court et moteur 1971 (Henri Pescarolo-Graham Hill), une 670 capot long et moteur 1972 (Jean-Pierre Beltoise-Chris Amon) et une 670 capot long et moteur 1972 (François Cevert-Howden Ganley). Avec le retrait de Ferrari (provoqué par l'échec d'un test longue durée : les 312 PB du constructeur italien sont adaptées aux sprints du championnat, mais pas aux épreuves longues), ce sont les Alfa Romeo 33 TT3, les Lola T280 et les Porsche 908 les rivales les plus dangereuses des Matra, dans la même catégorie Sport 3 litres.
Les voitures françaises ont signé les meilleurs temps aux essais et, après un tour de chauffe derrière une Porsche 911, elles s'élancent pour la ronde impitoyable. Pescarolo prend la tête mais, à la fin du deuxième tour, coup de théâtre : le moteur de la voiture de Beltoise explose et il doit abandonner. Le doute s'abat sur l'équipe française, les voitures ralentissent et laissent brièvement la Lola de Bonnier prendre la tête. Mais les "bleus" se ressaisissent et la voiture de Cevert-Ganley s'empare du commandement, devant celle de Pescarolo-Hill. Malgré des consignes de prudence, les deux équipages maintiennent un rythme élevé et, à mi-course, ils sont en tête devant les Alfa qui montrent une belle résistance avant de connaître des ennuis mécaniques. Gijs van Lennep signe le meilleur tour en course au volant de la Lola T280 qu'il partage avec Gérard Larrousse et Jo Bonnier mais, peu après 9 h, ce dernier connaît un accident fatal qui vient cruellement rappeler les risques qu'encourent à tout instant ces chevaliers des temps modernes.
La pluie se met à tomber et Hill, qui vient de monter des pneus mixtes, reprend l'avantage sur Ganley et s'installe en tête. Mais vers midi, la n°14 de Ganley tarde à arriver... et quand elle rejoint le stand c'est avec un capot arrière détruit ! En effet, Marie-Claude Beaumont, surprise par la Matra qui vient de freiner à cause d'un nuage de fumée, en a heurté l'arrière avec sa Corvette. Il ne faut que 7 minutes aux mécaniciens pour réparer, mais des problèmes d'allumage contraignent la voiture à s'arrêter à nouveau ; elle garde sa deuxième place, mais sans espoir de reprendre la tête. De son côté, la 660 de Jabouille et Hobbs, qui a effectué une course régulière malgré une panne d'essence, s'immobilise peu après 14 heures sur problème de boîte. Le public retient son souffle : les deux Matra encore en course vont-elles tenir ? A 16 heures, la n°15 de Pescarolo et Hill franchit en tête la ligne d'arrivée, devant celle de Cevert-Ganley : c'est un fantastique doublé ! Enivré par cette victoire française, le public exulte et envahit la piste pour porter ses héros en triomphe ! De son côté, Graham Hill se targue désormais d'être le seul pilote ayant remporté à la fois Les 24 Heures du Mans, les 500 Miles d'Indianapolis et le Championnat du Monde de Formule 1.
Cette réussite de Matra n'est pas le fruit du hasard. Elle résulte de plusieurs années de mise au point minutieuse et sera confirmée en 1973 et 1974 avec deux nouvelles victoires de la marque française aux 24 Heures du Mans.

Un incroyable défi !
Tout a commencé huit ans plus tôt, en 1964. Jean-Luc Lagardère, que Marcel Chassagny a désigné à la tête de Matra, souhaite une diversification de cette entreprise spécialisée dans l'aéronautique et l'armement. Fougueux, ambitieux et brillant meneur d'hommes, ce jeune patron souhaite se lancer dans l'automobile et, à partir du rachat de René Bonnet, va développer les automobiles Matra. Mais la marque souffre d'un handicap : elle est complètement inconnue du grand public. Qu'à cela ne tienne : "Je nous donne dix ans pour remporter le Championnat du Monde de Formule 1 et les 24 Heures du Mans," lance Lagardère comme un incroyable défi. C'est en effet un immense chantier car le constructeur part de zéro et doit tout créer. Certains le prennent pour un rêveur, un illuminé, d'autres rejoignent l'équipe qu'il se met en passe de constituer. Petit à petit, et après quelques tâtonnements, elle trouvera sa maturité avec notamment Bernard Boyer à la conception châssis, Georges Martin pour les moteurs, Bruno Morin à l'approche scientifique, Roland Roy aux carrosseries, Gérard Ducarouge infatigable directeur d'écurie... Et des pilotes de talent, bien sûr, avec une brochette française dont Jean-Pierre Beltoise, Jean-Pierre Jaussaud, François Cevert, Henri Pescarolo, Johnny Servoz-Gavin, Gérard Larrousse, Jean-Pierre Jabouille, Jean-Pierre Jarier, Patrick Depailler. Auxquels il faut ajouter plusieurs pilotes d'autres nationalités : Jackie Stewart, Graham Hill, Chris Amon, Howden Ganley et même, ponctuellement, Jack Brabham, Piers Courage ou Nino Vaccarella.

Consécration en Grand Prix
Pour atteindre le titre mondial en Grand Prix, Lagardère déclare encore : "Ce sera la F3 pour apprendre, la F2 pour s'aguerrir, la F1 pour s'imposer". C'est exactement ce qui va se produire. Il faut commencer par créer une monoplace et, dès le départ, Matra opte pour une technique de pointe : au lieu de la traditionnelle structure multitubulaire de leurs concurrentes, les Matra sont des monocoques assemblées par rivetage, selon une technique aéronautique que la firme maîtrise. Il en résulte une rigidité inédite et des voitures immédiatement performantes.
Ainsi, le 14 juillet 1965, Jean-Pierre Beltoise signe en F3 à Reims la toute première victoire d'une Matra, avec la MS 1, et remporte le Championnat de France.
Les performances des Matra attirent l'attention d'une pointure de la course automobile, Ken Tyrrell. Celui-ci commence par se fournir en monoplaces F2 avant de s'impliquer de façon étroite avec l'équipe Matra et de prendre la direction en 1968 de Matra International. C'est l'année où Matra s'attaque à la F1 : l'association avec le directeur d'écurie britannique et son pilote-fétiche, Jackie Stewart, s'avère fructueuse et, dès le 23 juin, au Grand Prix de Hollande, à Zandwoort, Stewart offre à Matra sa première victoire en F1. Beltoise occupe la deuxième place, devant Rodriguez (BRM) et Ickx (Ferrari). Deux mois plus tard, au Nürburgring, le pilote écossais signe une des plus belles victoires de sa carrière : sous une pluie diluvienne, il s'impose avec 4 mn d'avance sur Hill et sa Lotus ! "Je ne me souviens pas avoir eu aussi peur au volant d'une voiture de course," avouera-t-il plus tard. "Mais la voiture a marché comme une horloge."
Ce n'est qu'un hors d'œuvre et, après les MS 10 et MS 11 de la saison 1968, Matra met au point un chef-d'œuvre : la MS 80, dont la structure caissonnée intégrant les réservoirs latéraux lui donne son allure "ventrue" caractéristique. Associée au V8 Cosworth, elle fait merveille entre les mains de Jackie Stewart. En remportant six victoires, il décroche le titre de Champion du Monde 1969, très loin devant Jacky Ickx (Brabham), Bruce McLaren (McLaren) et Jochen Rindt (Lotus). Beltoise est cinquième, ex-aequo avec Denny Hulme (McLaren). C'est une performance exceptionnelle : en cinq ans, le constructeur a réussi à s'imposer au plus haut niveau du sport automobile, contre les meilleures écuries du moment. La marque française a rempli la première partie du contrat, mais une petite ombre accompagne ce résultat : le V12 Matra n'a pas pu faire ses preuves en Formule 1...

L'exploit de Pescarolo
En endurance toutefois, ce moteur saura s'imposer. Même si la progression est plus lente qu'en F1, elle va mener elle aussi à la victoire tant attendue.
Le premier prototype Matra de circuit, la M 620, est mis en chantier à la fin de 1965 et, pour des raisons commerciales, Jean-Luc Lagardère souhaite que sa forme évoque celle de la future Matra commercialisée, la 530. La voiture est constituée d'une structure tubulaire et reçoit un moteur V8 BRM 2 litres. Lourde et mal profilée, la 620 ne peut toutefois concurrencer les Porsche 906 et la première participation de Matra au Mans, en 1966, se solde par trois abandons. Comme le reconnaîtra ensuite Bernard Boyer, "Il fallait la faire pour apprendre ce qu'il ne faut pas faire..."
Il revoit sa copie et, en 1967, abandonnant tout lien esthétique avec le modèle de tourisme, il réalise une voiture plus fine et légère, la MS 630. Elle souffre encore de défauts de jeunesse et les deux exemplaires engagés au Mans 1967 abandonnent suite à la casse du V8 BRM.
C'est en 1968 que la 630 reçoit enfin un moteur qui lui permet d'espérer la victoire, le V12 3 litres, conçu par le constructeur qui va grandement contribuer à sa célébrité. Mais pourquoi un V12 ? "Je voulais que notre moteur se distingue par un bruit bien particulier," indiquera Jean-Luc Lagardère, "en quelque sorte la signature Matra (...). Le fameux bruit de notre V12 n'est pas le fruit du hasard, mais bien le produit de ma volonté ! J'ai aussi pensé que cette architecture (...) serait la mieux adaptée à notre double objectif Formule 1 et Le Mans."
La conception de ce chef d'œuvre est confiée à Georges Martin, qui vient de chez Simca. Il est probable que sa personnalité, calme et rigoureuse, ne soit pas étrangère à celle du V12 : capable de tourner à plus de 10 000 tr/mn, ce moteur est trop lourd pour la F1 mais va se révéler résistant en endurance. Dès sa première participation aux 24 Heures du Mans, en 1968, il frôle l'exploit. Il équipe l'unique 630 M engagée, confiée à Pescarolo et Servoz-Gavin. Cinquième aux essais, la Matra bleue pointe à la deuxième place dans la soirée, derrière la Ford GT40 des futurs vainqueurs. Mais une pluie violente se met à tomber et l'essuie-glace tombe en panne. Rouler à tombeau ouvert dans la nuit dans ces conditions, ce n'est pas du goût de Servoz, qui laisse le volant à Pescarolo. Celui-ci entame alors une folle ronde de trois heures où, entre les gerbes d'eau, sans cesse ébloui et devinant tout juste la piste dans le pinceau des phares troublé par la pluie, il maintient le rythme. Quand il rend le volant à son coéquipier, la voiture occupe toujours la deuxième place, comme le découvrent au petit matin les passionnés, l'oreille collée au poste de radio. Las, peu après 11 heures, la Matra roule sur les débris laissés par l'Alpine accidentée de Mauro Bianchi, et c'est la crevaison... vite réparée, mais suivie d'une autre qui endommage le circuit électrique. L'abandon est irrémédiable, mais la Matra a montré ce dont elle était capable. La presse ne tarit pas d'éloge et titre "C'est Matra qui a réussi l'exploit".
Il reste encore à transformer en réalité l'espoir que cette performance a fait naître...

La transition
Il faudra attendre trois ans pour y parvenir. La 650 qui succède à la 630 reprend un treillis tubulaire mais reçoit une coque "spyder" ouverte (qui présente plusieurs avantages dont l'absence d'essuie-glace !) et, en 1969, Matra engage quatre voitures au Mans. Les résultats sont encourageants et la 650 de Beltoise-Courage occupe la deuxième place à la septième heure derrière la Porsche 917 d'Elford-Attwood avant d'être retardée par des problèmes de freins et surtout à mi-course par un accrochage de Courage qui nécessite un long arrêt au stand. Septième en repartant, la 650 remonte et termine quatrième dans le même tour que la GT40 de Hobbs et Hailwood, devant la 630 de Guichet-Vaccarella. L'année suivante marque un véritable désastre : les deux 650 et la 660 engagées abandonnent quasiment au même moment à cause d'un problème de segmentation.
Profitant d'un changement de règlement sur les réservoirs souples, Boyer choisi d'adopter une structure monocoque, comme sur les monoplaces : c'est la 660 qui ouvre cette nouvelle voie. A sa naissance, son dessin est encore maladroit et elle souffre d'une forme tourmentée, mal profilée. Roland Roy aide Boyer à rectifier le tir et en fait une voiture plus efficace. Et c'est une 660 un peu esseulée qui défend les couleurs de Matra aux 24 Heures du Mans 1971, "une année de transition," dira Lagardère. La seule voiture engagée, entre les mains de Jean-Pierre Beltoise et Chris Amon, occupe la deuxième place au petit matin derrière la Porsche 917 K de Helmut Marko-Gijs van Lennep mais doit abandonner à cause d'un problème d'injection.

La MS 670, l'aboutissement
Entretemps, Matra a gagné en professionnalisme, et prépare ses voitures de façon beaucoup plus rigoureuse. Bruno Morin organise les essais systématiques et l'approche scientifique, en généralisant le calcul de résistance des pièces et les prises de mesures avec des appareils embarqués. Ces opérations sont complétées à partir de 1972 par des essais d'endurance et le passage en soufflerie de maquettes à plus grande échelle.
Le résultat, c'est un autre chef-d'œuvre : la 670. Comme la MS 80 en Formule 1, elle incarne le résultat de plusieurs années d'études, d'essais, d'échecs et de réussites et, selon José Rosinski, elle représente "l'aboutissement d'une technique de pointe superbement maîtrisée." Sa structure caissonnée et rivetée comporte une sorte de double fond contenant le réservoir de carburant. Le V12 porteur est encore relié à une boîte ZF et la carrosserie spyder est non seulement très bien profilée, mais en plus elle présente une indiscutable élégance, avec une souple fluidité qui tranche sur les flancs droits et anguleux des autres prototypes.
Cette beauté arrive à point nommé car, en 1972, un changement de règlement écarte les Sport 5 litres (Porsche 917 et Ford GT40 notamment) et donne aux prototypes Matra 3 litres toutes les chances de gagner. Comme nous l'avons évoqué plus haut, les MS 670 vont le faire avec brio, arrachant les deux premières places.
Après sa victoire au Mans 1972, la MS 670 continue à évoluer en versions B et C, puis en 680, et poursuit l'aventure avec des résultats éclatants. Non seulement elle remporte à nouveau les 24 Heures du Mans deux années de suite, mais elle va encore plus loin car Jean-Luc Lagardère a décidé de participer à toutes les épreuves du Championnat du Monde des Marques ; ainsi, le constructeur remporte deux fois le titre mondial : en 1973 devant Ferrari, Porsche et Mirage et, en 1974, devant Mirage, Porsche et Alfa Romeo.
Cette consécration confirme la polyvalence du modèle et dépasse l'ambition exprimée 10 ans plus tôt par Jean-Luc Lagardère, prouvant ainsi qu'il est un capitaine d'industrie et un dirigeant hors norme. Le contrat a été rempli au-delà de toute espérance et Matra tire sa révérence en décembre 1974. "Si depuis 10 ans le sport automobile français a eu l'essor que l'on connaît, c'est un peu grâce à nous," dira-t-il dans son allocution à la presse, en décembre 1974.
Alors, le rideau est-il tombé définitivement ?... Pas tout à fait, car le V12 Matra va reprendre du service avec Ligier dans sa nouvelle version MS76 (qui donnera à ce moteur sa première victoire en F1, au GP de Suède 1977), puis MS 81, remplissant de bonheur les afficionados de son hurlement spectaculaire. La signature Matra que voulait Lagardère...

Par Serge Cordey
Auteur : avec
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